Tapez « audit énergétique obligatoire » dans un moteur de recherche et vous obtiendrez presque uniquement des pages consacrées à la vente de logements. Ce n'est pas le sujet de ce guide. L'audit énergétique en entreprise est une obligation d'une tout autre nature, inscrite aux articles L. 233-1 et suivants du code de l'énergie, qui impose à certaines personnes morales de faire examiner leurs consommations par un professionnel reconnu compétent, tous les quatre ans. Elle n'a rien à voir avec le diagnostic exigé du vendeur d'un appartement classé F au DPE.
Cette obligation vient de changer de logique. Jusqu'en 2025, elle visait les entreprises en fonction de leur taille. Depuis le 1er octobre 2025, elle vise les entreprises en fonction de ce qu'elles consomment réellement. Le changement fait entrer dans le dispositif des sociétés qui n'y étaient pas, et en fait sortir d'autres. Vous trouverez ici de quoi répondre à deux questions : suis-je assujetti, et si oui, quelle voie choisir entre l'audit quadriennal et la certification ISO 50001.
Audit énergétique réglementaire : de quoi parle-t-on exactement ?
Deux dispositifs portent en France le même nom d'audit énergétique réglementaire, et la confusion coûte du temps à beaucoup d'entreprises.
Le premier est immobilier. Il concerne la vente de maisons individuelles et d'immeubles en monopropriété à usage d'habitation, classés F et G au DPE depuis le 1er avril 2023, classés E depuis le 1er janvier 2025 et classés D à compter du 1er janvier 2034. Il est prévu par l'article L. 126-28-1 du code de la construction et de l'habitation, issu de la loi Climat et résilience du 22 août 2021, et sert à présenter à l'acquéreur des scénarios de travaux. Il n'a aucune incidence sur les obligations de votre entreprise.
Le second est celui qui vous intéresse. Il découle de la directive européenne sur l'efficacité énergétique, d'abord la directive 2012/27/UE, puis la directive (UE) 2023/1791 du 13 septembre 2023 qui l'a refondue. Cette dernière a été transposée en droit français par la loi n° 2025-391 du 30 avril 2025, dite loi DDADUE, publiée au Journal officiel le 2 mai 2025, puis précisée par l'arrêté du 10 juillet 2025 et par le décret n° 2025-1382 du 29 décembre 2025.
Le principe est simple : au-delà d'un certain niveau de consommation, une entreprise doit regarder méthodiquement où part son énergie et en tirer un plan d'actions. L'audit n'est pas une fin en soi, c'est un outil de diagnostic. Le ministère de la Transition écologique estime que la mise en œuvre des investissements recommandés par ces audits peut atteindre 30 % d'économies globales, et dépasser 50 % sur la seule consommation liée aux bâtiments. C'est aussi, très concrètement, la première photographie fiable dont beaucoup de directions techniques disposent sur leur propre parc.
Quelles entreprises sont concernées ?
C'est ici que tout a changé. L'ancien régime, en vigueur depuis 2015, reposait sur des critères de taille : plus de 250 salariés, ou un chiffre d'affaires supérieur à 50 millions d'euros associé à un bilan supérieur à 43 millions d'euros. Ces critères ne sont plus le déclencheur.
Depuis le 1er octobre 2025, l'article L. 233-1 du code de l'énergie retient un critère de consommation d'énergie finale :
- consommation annuelle moyenne supérieure ou égale à 2,75 GWh : obligation de réaliser un audit énergétique tous les quatre ans, sauf à disposer d'un système de management de l'énergie
- consommation annuelle moyenne supérieure ou égale à 23,6 GWh : obligation de mettre en œuvre un système de management de l'énergie certifié selon la norme ISO 50001:2018/Amd.1:2024
L'article R. 233-1 précise le mode de calcul : la consommation retenue est la moyenne des consommations annuelles d'énergie finale des trois années civiles précédentes. Elle intègre les consommations liées à toutes les activités de la personne morale, y compris l'énergie renouvelable produite et autoconsommée sur site.
Le point le plus mal compris reste le périmètre de calcul. L'obligation s'apprécie au niveau de la personne morale, donc de l'ensemble des établissements rattachés au même SIREN, et non établissement par établissement. Une entreprise multi-sites dont aucun site ne dépasse individuellement le seuil peut parfaitement être assujettie une fois les consommations agrégées. C'est une source classique de non-conformité involontaire.
Deux échéances structurent la période en cours : le premier audit doit être réalisé au plus tard le 11 octobre 2026, et la certification du système de management de l'énergie au plus tard le 11 octobre 2027 pour les entreprises dépassant 23,6 GWh. Enfin, l'article L. 233-2 impose aux personnes morales dépassant 2,75 GWh une déclaration annuelle de leur consommation d'énergie finale, par voie électronique.
Ce que doit contenir l'audit
Un audit énergétique réglementaire n'est pas une visite de site suivie d'une note de synthèse. Son contenu, son périmètre et la compétence de celui qui le réalise sont encadrés par les textes.
Le périmètre des 80 %
L'article D. 233-3 du code de l'énergie fixe la règle centrale : l'audit doit couvrir au moins 80 % de la consommation d'énergie finale de l'entreprise. Vous n'êtes donc pas tenu d'auditer chaque site, chaque véhicule et chaque process, mais vous devez justifier votre échantillonnage.
Trois familles d'usages sont concernées, et la plupart des entreprises en sous-estiment au moins une :
- les bâtiments : chauffage, climatisation, ventilation, éclairage, eau chaude sanitaire
- les procédés : lignes de production, froid industriel, air comprimé, utilités
- le transport : flotte de véhicules et logistique rattachée à l'entreprise
La plateforme de dépôt de l'ADEME demande d'ailleurs un document justifiant explicitement les usages énergétiques audités et ceux qui ne le sont pas. Un périmètre mal construit est le motif de rejet le plus fréquent.
Les compétences exigées de l'auditeur
L'audit doit être conforme à la famille de normes NF EN 16247, dont la partie 1 fixe les exigences générales et les parties suivantes déclinent les spécificités des bâtiments, des procédés et du transport.
L'arrêté du 10 juillet 2025 a modifié le mode de reconnaissance de la compétence des auditeurs. La logique de qualification professionnelle laisse place à une certification de service délivrée par des organismes accrédités par le COFRAC, en l'occurrence le LNE, AFNOR Certification et l'OPQIBI. Une période de transition permet aux prestataires qualifiés sous l'ancien régime d'intervenir jusqu'au 30 juin 2026, ce qui mérite d'être vérifié au moment de contractualiser.
Un auditeur interne reste possible sous conditions de diplôme et d'expérience documentée en énergie. L'article D. 233-6 pose toutefois une exigence d'indépendance : la personne qui réalise l'audit ne peut pas participer directement à l'activité auditée.
Le rapport et sa transmission
Le rapport restitue le périmètre retenu, l'analyse des consommations, les indicateurs de performance, les gisements d'économies identifiés et des scénarios d'amélioration chiffrés. Il se dépose sur la plateforme publique audit-energie.ademe.fr, qui recueille aussi bien les synthèses d'audit que les certificats de conformité en cours de validité pour les entreprises certifiées. Le contrôle est assuré par les services déconcentrés de l'État, DREAL, DEAL et DRIEAT.
ISO 50001 : la voie alternative
L'article D. 233-4 du code de l'énergie prévoit une exemption complète d'audit lorsque toutes les activités du périmètre sont couvertes par un système de management de l'énergie certifié. Un contrat de performance énergétique répondant aux critères réglementaires peut également ouvrir droit à exemption. Autrement dit, l'ISO 50001 n'est pas une obligation supplémentaire, c'est une voie de conformité alternative.
Il faut mesurer ce qu'elle suppose. Un système de management de l'énergie n'est pas un document, c'est une organisation permanente. Il repose sur une politique énergétique portée par la direction, une revue énergétique qui identifie les usages énergétiques significatifs, une consommation de référence, des indicateurs de performance énergétique suivis dans la durée, un plan d'actions et un cycle d'amélioration continue de type planifier, faire, vérifier, agir. La certification, délivrée sous accréditation COFRAC selon l'ISO/CEI 17021-1, est valable trois ans et suppose des audits de surveillance annuels.
La comparaison honnête tient en quelques lignes. L'audit quadriennal est ponctuel, moins coûteux, plus rapide à mettre en place, mais il produit un rapport qui peut rester lettre morte. La certification est plus lourde, mobilise des ressources internes en continu, mais elle installe une compétence énergie durable dans l'entreprise et vaut conformité tant qu'elle est maintenue. Au-delà de 23,6 GWh de consommation annuelle moyenne, la question ne se pose d'ailleurs plus : le système de management certifié devient l'obligation, pas l'alternative.
Un point financier mérite d'être connu : le programme PRO-SMEn, administré par l'ATEE, verse une prime correspondant à 20 % des dépenses annuelles d'énergie du périmètre certifié, plafonnée à 40 000 euros hors taxes. Les conditions d'éligibilité et les fenêtres d'inscription évoluent, il faut les vérifier auprès du programme avant de bâtir un plan de financement.
Votre entreprise est-elle assujettie à l'audit énergétique obligatoire ?
Combien ça coûte et que risque-t-on à ne rien faire
Le coût d'un audit dépend du nombre de sites, de la complexité des procédés et de la qualité des données disponibles. Les ordres de grandeur publiés par Cegibat, le centre de ressources réglementaires de GRDF, situent un audit de site industriel simple entre 7 000 et 15 000 euros, et un site complexe multi-procédés entre 15 000 et 50 000 euros, pour une durée de réalisation de deux à trois mois. Ces fourchettes ne valent que comme repère de cadrage : un parc tertiaire multi-sites répond à une autre logique de chiffrage, et seuls des devis établis sur votre périmètre réel font foi.
En face, le risque est disproportionné. L'article L. 233-4 du code de l'énergie prévoit, après mise en demeure restée sans effet, une amende administrative pouvant atteindre 2 % du chiffre d'affaires hors taxes du dernier exercice clos, portée à 4 % en cas de récidive. Pour une entreprise réalisant 60 millions d'euros de chiffre d'affaires, l'ordre de grandeur de la sanction maximale dépasse très largement celui de l'audit.
Deux nuances utiles. D'abord, la mécanique de sanction passe par une mise en demeure préalable : elle vise le refus persistant de se conformer, pas le retard de quelques semaines dans le dépôt. Ensuite, la sanction n'est qu'une partie du sujet. Une entreprise qui ne connaît pas la structure de ses consommations ne pilote pas non plus ses contrats d'énergie, ses puissances souscrites ou sa fiscalité énergétique. Le coût réel de l'inaction se lit d'abord sur les factures, pas sur les procès-verbaux.
De l'audit au plan d'action : les leviers réellement rentables
Depuis le 1er octobre 2025, le rapport ne suffit plus. L'article L. 233-1 impose d'établir un plan d'actions à partir des recommandations de l'audit, de le publier dans le rapport annuel d'activité avec son taux de mise en œuvre, et de justifier les mesures non engagées dont le temps de retour sur investissement est inférieur à cinq ans. Le législateur a clairement voulu faire passer le dispositif du diagnostic à l'exécution.
Reste à hiérarchiser. Un rapport d'audit produit souvent trente à cinquante préconisations mises sur le même plan. Le seul classement qui aide une direction à décider est celui du temps de retour :
- optimisation contractuelle et tarifaire : renégociation des contrats de fourniture, ajustement des puissances souscrites, vérification du TURPE et des taxes, régularisation des paramètres de facturation. Effet immédiat, investissement nul
- réglage et pilotage : consignes de température, plages de fonctionnement, chasse aux fuites d'air comprimé, arrêt des équipements hors production. Quelques semaines à quelques mois
- équipements : éclairage, moteurs, variation de vitesse, récupération de chaleur, régulation. Deux à cinq ans en général
- enveloppe du bâti : isolation, menuiseries, étanchéité. Au-delà, avec des gains réels mais des retours longs
Le premier niveau est aussi celui que les bureaux d'études traitent le moins bien, non par négligence mais parce que la négociation d'énergie n'est pas leur métier. C'est précisément là que DUNE Energie intervient, en amont ou en parallèle de l'audit, sur la partie contractuelle et tarifaire.
Sur les niveaux suivants, deux dispositifs peuvent alléger la facture. Les certificats d'économies d'énergie financent une partie des opérations standardisées. Et le programme PACTE Industrie, porté par l'ADEME et l'ATEE et financé par les CEE, prend en charge des accompagnements sur la stratégie de décarbonation, les études et la mise en place d'un système de management de l'énergie. Ces aides évoluent d'une année sur l'autre, leurs conditions sont à vérifier au moment du dépôt.
Un audit ne vaut que par le plan d'action qui en sort
Audit énergétique, décret tertiaire, BACS : le paysage réglementaire en un schéma
Trois obligations coexistent, avec des périmètres qui se recoupent et des logiques distinctes. Les confondre conduit soit à surinvestir, soit à passer à côté d'une échéance.
L'audit énergétique en entreprise relève du code de l'énergie. Il vise la personne morale, se déclenche sur un critère de consommation, s'exécute tous les quatre ans et se dépose sur la plateforme de l'ADEME.
Le décret tertiaire, ou dispositif Éco Énergie Tertiaire, relève du code de la construction et de l'habitation, décret n° 2019-771 du 23 juillet 2019. Il vise les bâtiments hébergeant des activités tertiaires sur au moins 1 000 mètres carrés, impose une réduction des consommations d'énergie finale de 40 % en 2030, 50 % en 2040 et 60 % en 2050 par rapport à une année de référence, et repose sur une déclaration annuelle via la plateforme OPERAT. Le sujet est développé dans notre guide dédié aux obligations et à la conformité du décret tertiaire.
Le décret BACS, issu du décret n° 2020-887 du 20 juillet 2020 complété par le décret n° 2023-259 du 7 avril 2023, impose l'installation de systèmes d'automatisation et de contrôle dans les bâtiments tertiaires équipés d'installations techniques dépassant certains seuils de puissance. Ses dates d'application ont été modifiées par le décret n° 2025-1343 du 26 décembre 2025, il convient donc de se référer au calendrier en vigueur.
Un même bâtiment industriel peut ainsi relever des trois textes à la fois. La bonne pratique consiste à construire une seule collecte de données de consommation et à la faire servir aux trois obligations, plutôt que de traiter chaque échéance isolément.
FAQ : l'audit énergétique en entreprise
Quelles entreprises doivent réaliser un audit énergétique ?
Depuis le 1er octobre 2025, l'assujettissement dépend de la consommation et non plus de la taille. Toute personne morale immatriculée au registre du commerce et des sociétés dont la consommation annuelle moyenne d'énergie finale atteint 2,75 GWh doit réaliser un audit, sauf si elle dispose d'un système de management de l'énergie certifié. La moyenne se calcule sur les trois années civiles précédentes, au niveau de l'ensemble des établissements.
Tous les combien de temps faut-il refaire l'audit énergétique ?
Tous les quatre ans, conformément à l'article L. 233-1 du code de l'énergie. Pour les entreprises nouvellement assujetties par le changement de critère, le premier audit doit être réalisé au plus tard le 11 octobre 2026, le cycle quadriennal courant ensuite à partir de cette date. S'y ajoute une déclaration annuelle de consommation d'énergie finale, distincte de l'audit lui-même.
La certification ISO 50001 dispense-t-elle de l'audit énergétique ?
Oui. L'article D. 233-4 du code de l'énergie exempte d'audit les entreprises dont toutes les activités du périmètre sont couvertes par un système de management de l'énergie certifié. Le certificat en cours de validité doit être déposé sur la plateforme de l'ADEME. Au-delà de 23,6 GWh de consommation annuelle moyenne, cette certification devient d'ailleurs une obligation, à échéance du 11 octobre 2027.
Combien coûte un audit énergétique en entreprise ?
Le coût varie selon le nombre de sites, la complexité des procédés et la disponibilité des données. Les repères publiés par Cegibat situent un site industriel simple entre 7 000 et 15 000 euros, et un site complexe multi-procédés entre 15 000 et 50 000 euros, pour deux à trois mois de réalisation. Seuls des devis établis sur votre périmètre réel permettent un chiffrage fiable.
Que risque une entreprise qui ne réalise pas son audit énergétique ?
L'article L. 233-4 du code de l'énergie prévoit, après mise en demeure restée sans effet, une amende administrative pouvant atteindre 2 % du chiffre d'affaires hors taxes du dernier exercice clos, portée à 4 % en cas de récidive. Le contrôle est exercé par les services déconcentrés de l'État. La sanction vise le refus persistant de se conformer, davantage qu'un retard ponctuel de dépôt.
Quelle différence entre audit énergétique réglementaire et audit immobilier ?
Ce sont deux dispositifs sans lien. L'audit énergétique en entreprise relève du code de l'énergie et vise les personnes morales dépassant un seuil de consommation. L'audit énergétique immobilier relève de l'article L. 126-28-1 du code de la construction et de l'habitation : il s'impose au vendeur d'un logement en monopropriété classé E, F ou G au DPE et propose des scénarios de travaux à l'acquéreur.
Qui peut réaliser un audit énergétique réglementaire ?
Un prestataire externe reconnu compétent selon l'arrêté du 10 juillet 2025, via une certification délivrée par un organisme accrédité par le COFRAC, aujourd'hui le LNE, AFNOR Certification et l'OPQIBI. Un auditeur interne est possible sous conditions de diplôme et d'expérience, à condition qu'il ne participe pas directement à l'activité auditée. Les prestataires qualifiés sous l'ancien régime peuvent intervenir jusqu'au 30 juin 2026.


.jpg)

